Analyses en autonomie
Trois mélodies inédites à analyser seul avec les quatre questions de la méthode, corrigés complets à ne lire qu'après avoir écrit ses réponses.
Objectifs
- Analyser seul une mélodie inédite avec les quatre questions de la méthode
- Reconnaître une cadence rompue, une sensible empruntée et une couleur dorienne
- Vérifier une hypothèse de tonique et de mode en réécoutant la mélodie sur bourdon
Cette fois, pas de filet. Trois mélodies t'attendent, composées pour cette leçon : personne ne les a jamais analysées avant toi. Prends un papier et un crayon, et pose sur chacune les quatre questions de la méthode, dans l'ordre : où la mélodie se pose-t-elle ? Sa tierce est-elle majeure ou mineure ? Une note fait-elle grain de beauté ? Comment les phrases se terminent-elles ?
Chaque mélodie a deux lecteurs : la mélodie seule, puis la même posée sur un bourdon accordé à sa maison. Le second est un outil de vérification, pas un raccourci : réponds d'abord à la première question à l'oreille nue, puis sers-toi du bourdon pour confirmer, et pour écouter chaque note frotter ou s'accorder contre la tonique.
Les corrigés attendent en bas de page. Règle d'honneur : tu n'y descends qu'avec tes quatre réponses écrites pour les trois mélodies. Un corrigé lu avant d'avoir cherché ne t'apprend rien ; le même corrigé lu après, même quand tu t'es trompé, t'apprend exactement où ton oreille a glissé.
Première mélodie
Mélodie · 100 à la minute
Mélodie · 100 à la minute · avec bourdon
Les quatre questions, plus une cinquième pour celle-ci : à la fin de la deuxième mesure, une arrivée ne se passe pas comme annoncé. Où exactement, et comment s'appelle ce tour ?
Deuxième mélodie
Mélodie · 92 à la minute
Mélodie · 92 à la minute · avec bourdon
Question bonus : la dernière mesure contient une note qui n'appartient pas à la gamme du reste de la mélodie. Trouve-la, et explique ce qu'elle vient faire là.
Troisième mélodie
Mélodie · 96 à la minute
Mélodie · 96 à la minute · avec bourdon
Question bonus : cette mélodie tend un piège classique. Sa couleur est mineure, d'accord, mais quel mineur exactement ? Écoute la note qui ouvre la deuxième mesure contre le bourdon avant de trancher.
Tes réponses sont écrites, les trois cartes d'identité posées sur le papier ? Alors seulement, descends.
Corrigé de la première mélodie
Maison : do. Attention, la mélodie ne démarre pas sur sa tonique : elle ouvre sur mi, sol, do, l'arpège de do majeur qui monte, et c'est sur do qu'elle se pose à la fin, longuement. Tierce : mi, quatre demi-tons au-dessus de do, majeure. Aucune altération nulle part, aucun grain de beauté : du majeur pur, do majeur, l'éclairage de référence.
Reste le tour de la deuxième mesure. Ré puis si dessinent l'accord de sol, la porte entrouverte, et le si, la sensible, promet do. La mélodie tombe sur la. C'est la cadence rompue du Palier 2, le point d'exclamation raté : la maison annoncée, le cousin mineur à la place. La phrase suivante redescend tranquillement et la vraie fin, ré vers do, referme pour de bon : cadence parfaite. Le coup est classique : une fausse arrivée pour relancer, une vraie pour conclure.
Corrigé de la deuxième mélodie
Maison : la, affirmée au départ et à l'arrivée, et confirmée par le bourdon. Tierce : do, trois demi-tons, mineure. Fa bécarre et sol bécarre donnent une sixte mineure et une septième mineure : la mineure naturelle, l'éolien du Palier 3, la mélancolie franche.
Reste la note étrangère : le sol♯ de la dernière mesure. L'éolien n'a pas de sensible, et au moment de conclure, la mélodie hausse sa septième d'un demi-ton pour fabriquer une note qui tire vers la maison. C'est un emprunt à la mineure harmonique, le geste mineur le plus courant qui soit : on vit en éolien, on conclut avec la sensible. Écoute la fin : mi puis sol♯ dessinent l'accord de mi majeur, la porte, qui se referme sur la. Cadence parfaite, en mineur.
Corrigé de la troisième mélodie
Maison : ré. Tierce : fa, trois demi-tons, mineure. Et voilà le piège : ré, fa, couleur mineure, la main veut écrire « ré mineur » et passer à la suite. Mais la note qui ouvre la deuxième mesure, tenue un temps et demi, est un si bécarre, neuf demi-tons au-dessus de ré : une sixte majeure. Le ré mineur naturel aurait un si bémol. Cette sixte majeure dans un décor mineur, c'est le grain de beauté du dorien : ré dorien, les touches blanches déroulées depuis ré, le mineur lumineux de Scarborough Fair et de Drunken Sailor. Le do bécarre, septième mineure, complète le portrait sans le contredire.
Ponctuation : la première phrase se suspend sur sol tenu, une virgule ; la seconde se pose sur ré tenu trois temps, un point. Réécoute le si contre le bourdon : c'est lui qui éclaire toute la mélodie.
À retenir
- La méthode marche sur n'importe quelle mélodie, y compris celles que personne n'a jamais analysées.
- Corrigé après réponses écrites, jamais avant : une erreur cherchée t'apprend plus qu'une réponse reçue.
- Trois pièges valent la peine d'être mémorisés : la fausse arrivée de la cadence rompue, la sensible empruntée à la mineure harmonique, et la sixte majeure qui distingue le dorien du mineur ordinaire.