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Leçon 2/5 10 min

Une chanson pop

La boucle | I | V | vi | IV |, moteur de dizaines de tubes : la relever par la basse et comprendre pourquoi elle peut tourner sans jamais donner l'impression de finir.

Objectifs

  • Relever la boucle | I | V | vi | IV | à partir de sa basse
  • Expliquer pourquoi une boucle d'accords tourne sans point final
  • Reconnaître la cadence rompue à l'œuvre dans une chanson pop

Quatre accords, en boucle. Écoute deux tours :

Mélodie · 110 à la minute

Une impression de déjà-entendu ? Normal. Cette suite accompagne des dizaines de tubes depuis un demi-siècle, au point que des musiciens la surnomment « la boucle à quatre accords ». Déroulons le rituel pour comprendre sa mécanique, et surtout son secret : elle pourrait tourner jusqu'à demain matin sans jamais donner l'impression de finir.

Étape 1 : la maison

Le test de la fin tombe à l'eau d'entrée : une boucle ne finit pas, elle s'arrête où on coupe. Reste le chant : fredonne ton « aaah » après deux tours, il atterrit sur do. Et le bourdon :

Mélodie · 110 à la minute · avec bourdon

Posé. Un détail mérite l'oreille : un bourdon de la sonnerait presque aussi bien, en plus sombre. Le troisième accord de la boucle est la mineur, la relative de do majeur, et certaines chansons bâties sur ces quatre accords choisissent de camper chez elle. Ici, le chant et le bourdon tranchent ensemble : la maison est do.

Étape 2 : le mode

La tierce au-dessus de do : mi, quatre demi-tons, famille majeure. Grain de beauté : aucun, les quatre accords ne piochent que dans les sept notes de do majeur, et l'armure vide confirme. Ionien, comme la comptine. Le parfum différent ne viendra donc ni de la maison ni du mode : tout se joue dans la grille.

Étape 3 : la grille

Suis la basse, mesure par mesure : do, sol, la, fa. Traduit en degrés : | I | V | vi | IV |. Minuscules pour le vi : l'accord de la est mineur, l'ombre de la relative invitée au milieu des majeurs. Cette grille de quatre cases a fait le tour du monde, et c'est un fait vérifiable : « Let It Be » des Beatles, « No Woman, No Cry » de Bob Marley, « With or Without You » de U2 ou les couplets de « Don't Stop Believin' » de Journey roulent sur ces mêmes degrés, chacun dans sa tonalité. Les chiffres romains montrent ici toute leur force : une seule écriture, des centaines de chansons. Voici le genre de mélodie qu'on pose dessus, motif maison :

Mélodie · 110 à la minute

Remarque où elle s'arrête : sur un la, au-dessus du IV, en l'air. Comme la boucle elle-même.

Étape 4 : les effets

Pourquoi la boucle tourne-t-elle sans fin ? La ponctuation répond. Pour conclure une phrase musicale, il faut un point final : un V qui retombe sur le I, la cadence parfaite. Écoute ce que cela donnerait :

Mélodie · 100 à la minute

Or la boucle ne pose jamais ce point. Son V arrive en deuxième case et retombe sur vi :

Mélodie · 100 à la minute

Tu reconnais la cadence rompue, le point d'exclamation raté : l'oreille attendait la maison, elle reçoit l'accord mineur. Puis le cycle s'achève sur IV, la valise à la main, et le do qui suit ouvre déjà le tour suivant. Le retour à la maison existe bel et bien, mais toujours en début de phrase, jamais en conclusion : la chanson recommence au lieu de finir. Voilà le choix du compositeur, et il est rentable : une phrase sans point final, l'oreille accepte de la réentendre indéfiniment. Sur un refrain, c'est une machine à rester en tête.

À retenir

  • La boucle | I | V | vi | IV | porte des dizaines de tubes, chacun dans sa tonalité : les degrés en chiffres romains les décrivent tous d'un coup.
  • Son secret : jamais de V vers I en fin de phrase ; le V retombe sur vi (cadence rompue) et le cycle s'achève sur IV, si bien que rien ne conclut jamais.
  • Devant une chanson pop, relève la basse : quatre notes suffisent souvent à écrire toute la grille.