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Leçon 4/4 8 min

Le blues

La pentatonique mineure plus une note qui triche, la blue note, jouée sans complexe sur des accords majeurs. La recette du blues, et la fin du palier.

Objectifs

  • Construire la gamme blues en ajoutant la quinte diminuée à la pentatonique mineure
  • Expliquer la friction du blues, une mélodie mineure posée sur des accords majeurs
  • Relier la gamme blues à la grille de douze mesures

Écoute ce petit motif. Sept notes sur un bourdon, trois fois rien :

Mélodie · 90 à la minute · avec bourdon

Quelque chose cloche dans ce motif, et pourtant tout fonctionne. Ce mélange, tu l'as déjà entendu mille fois : dans le rock, la soul, le jazz, la pop. C'est le son du blues, et cette leçon démonte sa recette pièce par pièce.

Une intruse dans la pentatonique

Compare la pentatonique mineure de la, celle de la leçon précédente, avec la gamme du motif :

Gamme · 100 à la minute

Gamme · 100 à la minute

Une note s'est glissée dans la seconde : mi bémol. Compte depuis la maison : six demi-tons. Six demi-tons, c'est le triton, l'intervalle des Simpsons, celui qu'on t'a présenté comme le plus instable de tous ; compté depuis la tonique jusqu'à la cinquième note abaissée, il s'écrit comme une quinte diminuée. En principe, on l'évite. Le blues l'invite. Cette intruse s'appelle la blue note, la « note bleue » en anglais, et la gamme obtenue, pentatonique mineure plus note bleue, s'appelle la gamme blues.

La note bleue triche, et c'est son métier : on ne s'installe jamais dessus, on glisse. Elle sert de passage secret entre ré et mi, une note qui se faufile plus qu'elle ne se pose :

Mélodie · 90 à la minute · avec bourdon

Écarte-la du chemin et le motif redevient sage ; glisse dessus et il se met à traîner des pieds, exactement ce qu'on demande à un blues. Elle est le grain de beauté de cette gamme : ce qui la rend reconnaissable entre toutes.

Le mineur posé sur du majeur

Deuxième ingrédient, plus étonnant encore. Les accords d'un blues en la sont majeurs : la majeur, ré majeur, mi majeur, souvent avec leur septième (A7, D7, E7, des accords de dominante partout). Et par-dessus, la mélodie joue la gamme blues de la mineur. Écoute l'accord majeur égrené en arpège, puis la phrase mineure qui ose se poser dessus :

Mélodie · 95 à la minute

L'accord affirme do♯, la mélodie répond do naturel. En harmonie classique, on corrigerait immédiatement. Le blues assume : cette friction entre la tierce majeure de l'accord et la tierce mineure de la mélodie fait partie du style, comme le grincement d'une porte qu'on aime. Les chanteurs et les guitaristes de blues visent même une hauteur entre les deux, en tirant sur la corde ou en laissant glisser la voix, une note que le piano ne sait pas jouer.

La maison du blues : douze mesures

Ces couleurs vivent dans une grille que tu connais déjà : les douze mesures du blues, apprises au palier des accords. I I I I, IV IV I I, V IV I I. En la : quatre mesures de A7, deux de D7, retour sur A7, puis E7, D7, et retour à la maison. Prends la gamme blues de la et joue-la sur toute la grille sans changer une seule note : ça fonctionne du début à la fin, y compris sur le IV et le V. Une gamme unique pour une grille entière, voilà pourquoi le blues reste la première école des improvisateurs.

Fin du palier : toutes les couleurs en main

Fais le compte de ce que ton oreille sait reconnaître désormais : les sept éclairages de la gamme majeure, du lydien au locrien ; les passerelles et l'échange modal pour circuler entre eux ; les trois visages du mineur ; les pentatoniques ; le blues et sa note bleue. La palette est complète.

Le Palier 4 t'apprendra à t'en servir dans l'autre sens : ouvrir un vrai morceau, une grille, une partition, une chanson que tu aimes, et repérer qui fait quoi. Quelle maison, quel éclairage, quels emprunts, quelle ponctuation. Tu as les couleurs en main ; il reste à apprendre à les repérer dans les morceaux des autres.

À retenir

  • La gamme blues ajoute à la pentatonique mineure une note bleue, la quinte diminuée (mi♭ en la, six demi-tons au-dessus de la maison), sur laquelle on glisse sans s'installer.
  • Le blues pose une mélodie mineure sur des accords majeurs : la friction entre les deux tierces est assumée, c'est elle qui fait le style.
  • Une seule gamme blues couvre les douze mesures entières de la grille I I I I, IV IV I I, V IV I I.
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