Les renversements
Retourner une triade sans changer ses notes, choisir la note du bas, et rendre les enchaînements d'accords plus doux.
Objectifs
- Reconnaître l'état fondamental, le premier et le deuxième renversement
- Nommer la note à la basse de chaque position (et la lire dans C/E, C/G)
- Comprendre pourquoi les renversements adoucissent les enchaînements
Écoute ces trois accords, du plus bas au plus haut.
Accord · 90 à la minute
Accord · 90 à la minute
Accord · 90 à la minute
Ils ont un air de famille, et pour cause : ce sont trois fois les mêmes notes, do, mi et sol, la triade de do majeur. Seul l'ordre change. Dans le premier, do est en bas ; dans le deuxième, c'est mi ; dans le troisième, sol. Et chacun a sa propre lumière : même accord, mais l'éclairage vient d'un autre côté.
La basse mène la danse
La note la plus grave d'un accord s'appelle la basse. Attention au piège de vocabulaire : la basse désigne une position, celle du bas, tandis que la fondamentale désigne un rôle, la note qui donne son nom à l'accord. Les deux coïncident souvent, mais pas toujours, et c'est tout le sujet de cette leçon.
Quand la fondamentale est à la basse, l'accord est à l'état fondamental : do-mi-sol, la pile de tierces bien rangée, posée sur ses fondations. Quand la tierce descend à la basse, mi-sol-do, on parle de premier renversement : l'accord a tourné d'un cran sur lui-même. Quand la quinte est à la basse, sol-do-mi, c'est le deuxième renversement. Trois notes, trois positions possibles, et rien de plus : un troisième tour remettrait do en bas. Regarde les portées ci-dessus : renversée, la petite tour de tierces se déforme, un intervalle plus large apparaît dans la pile. L'œil aussi peut repérer un renversement.
Sur les grilles, on note la basse après une barre oblique, le trait penché « / » : C/E se lit « do majeur, basse mi », le premier renversement ; C/G, « do majeur, basse sol », le deuxième. Retiens surtout ceci : l'accord garde son nom. Même retourné, C reste C ; sa fondamentale reste do, même quand do a quitté le bas de la pile.
À quoi ça sert : des enchaînements qui glissent
Un morceau enchaîne des accords. Si chacun reste à l'état fondamental, la basse fait de grands sauts d'un accord à l'autre. Écoute do majeur puis sol majeur, tous deux à l'état fondamental, dépliés en arpèges pour bien suivre la basse : elle saute de do à sol.
Mélodie · 100 à la minute
Maintenant le même enchaînement, mais avec sol majeur en premier renversement, G/B : la basse glisse de do à si, un demi-ton à peine.
Mélodie · 100 à la minute
Deux choses se sont adoucies. D'abord la basse : au lieu de sauter, elle marche, une petite marche descendante vers si. Ensuite les notes communes : le sol du premier accord est resté en place dans le second. Moins de mouvement, plus de liant : l'enchaînement coule au lieu de cogner. Voilà pourquoi les accompagnateurs renversent leurs accords en permanence, au piano comme à la guitare : les mains bougent moins, les voix se suivent de plus près, et la musique gagne en douceur. Écoute n'importe quelle chanson accompagnée : ses accords sont rarement tous à l'état fondamental.
Ce module t'a donné les quatre couleurs de triades et la liberté de les retourner. Tu sais maintenant lire C, Cm, C°, C+ et même C/E sur une grille, et choisir la position d'un accord pour que la basse marche au lieu de sauter. La suite du palier s'en servira à chaque page : il est temps de faire voyager ces accords les uns vers les autres.
À retenir
- Renverser un accord, c'est garder ses notes et changer celle qui est à la basse ; l'accord garde son nom et sa fondamentale.
- État fondamental : fondamentale à la basse. Premier renversement : la tierce (C/E). Deuxième renversement : la quinte (C/G).
- On renverse pour adoucir les enchaînements : la basse marche au lieu de sauter et les notes communes restent en place.