La mineure mélodique
Adoucir la montée de la mineure harmonique en haussant aussi la sixième note. La gamme mineure mélodique, que le jazz garde dans les deux sens.
Objectifs
- Construire la gamme mineure mélodique ascendante en haussant les sixième et septième notes
- Expliquer pourquoi la descente revient souvent à la mineure naturelle
- Situer la mineure mélodique à une seule note de la gamme majeure
Écoute une mélodie qui grimpe vers la maison avec la gamme de la leçon précédente, la mineure harmonique :
Mélodie · 90 à la minute
Tu l'entends, ce saut entre fa et sol♯ ? Trois demi-tons à enjamber entre deux notes voisines. Pour une couleur dramatique, parfait. Mais essaie de chanter cette montée : la voix trébuche sur la marche géante. Les compositeurs qui écrivaient pour des chanteurs voulaient garder la sensible, ce sol♯ qui penche vers la maison, sans imposer l'enjambée. Comment lisser la montée ?
Hausser une deuxième note
La solution tient en un dièse de plus : hausser aussi la sixième note. Fa devient fa♯, et l'escalier retrouve des marches régulières :
Gamme · 100 à la minute
Voici la gamme mineure mélodique : la mineure naturelle avec les sixième et septième notes haussées, recette 2-1-2-2-2-2-1 en demi-tons. Mélodique, parce qu'elle est née du besoin des mélodies, comme l'harmonique était née du besoin des accords. Compte les pas : plus aucune seconde augmentée, la montée coule jusqu'à la maison.
Monter habillé, redescendre relâché
En redescendant, la situation change. La sensible n'a qu'un seul métier : pencher vers la tonique du dessus quand on monte vers elle. Quand la mélodie descend, elle s'éloigne de la maison, et sol♯ ne sert plus à rien ; fa♯ non plus, lui qui n'était là que pour adoucir le chemin vers sol♯. Alors, très souvent, on relâche tout et on redescend par la mineure naturelle :
Gamme · 100 à la minute
Monter en mélodique, redescendre en naturelle : l'usage est si répandu dans la musique classique que beaucoup de manuels présentent la gamme sous cette forme à double sens. Retiens l'idée plutôt que la règle : on hausse quand on a besoin de la sensible, on relâche quand on n'en a plus besoin.
Le jazz ne redescend pas
Les musiciens de jazz ont tranché autrement : ils gardent la mélodique telle quelle dans les deux sens, en montant comme en descendant. Pour eux, ces sept notes forment une couleur à part entière, à mi-chemin entre l'ombre et la lumière, qu'on appelle parfois la mineure mélodique jazz. Écoute ce qu'elle donne quand on s'y promène librement :
Mélodie · 95 à la minute · avec bourdon
Un mineur étonnamment lumineux. Et pour cause : compare avec la gamme de la majeur, la si do♯ ré mi fa♯ sol♯. Une seule note les sépare, la tierce. La mineure mélodique ressemble à une gamme majeure dont on aurait tamisé la troisième note : tout le haut de la gamme brille comme du majeur, seule la tierce garde l'ombre.
Tu connais désormais les trois visages du mineur : la naturelle pour la couleur de base, l'harmonique pour les cadences, la mélodique pour les montées chantables. Les trois se mélangent sans cesse dans les vrais morceaux, parfois à l'intérieur de la même mesure ; le choix se fait note par note, selon que la phrase monte, descend ou prépare une cadence.
À retenir
- La mineure mélodique ascendante hausse les sixième et septième notes de la naturelle (recette 2-1-2-2-2-2-1) : la sensible sans la seconde augmentée.
- En descendant, on revient souvent à la mineure naturelle, car la sensible ne sert qu'en montant vers la maison.
- Le jazz garde la mélodique dans les deux sens et la traite comme une couleur à part entière, à une seule note de la gamme majeure.